Ce que Shinzo Abe est en train de changer dans la politique économique japonaise.

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abenomicsQuelles sont les cibles des fameuses trois flèches des Abenomics, et qu’est-ce que Shinzo Abe est en train de changer dans la politique économique japonaise. C’est ce que je vous propose de découvrir dans cet article, mais avant petit retour sur le processus ayant mené ce puissance économique dans cette situation atypique. Le japon se trouve depuis près de vingt ans dans une impasse économique, la situation semble désespérée au point que plusieurs experts considèrent que les Abenomics sont l’ultime chance du Japon pour un redressement économique. L’archipel nippon est victime d’une déflation sévère et d’une croissance en berne suite à l’éclatement en 1990 de la bulle boursière puis celle de l’immobilier dans la période 1991-92. Le pays du soleil levant ne s’est jamais vraiment remis de la perte de près de 800.000 milliards de yens durant un laps de temps compris entre 1991 et 1994 accompagné d’un PIB réel divisé par 4. Cette décennie perdue comme on appelle les années courant de 1991 à 2000 trouve son catalyseur dans les Accord de Plaza en 1985 qui a vu l’investissement étranger affluer dans l’économie nippone. Pesant ainsi mécaniquement à la hausse sur la devise nationale, la BoJ pour contrer le phénomène d’appréciation de sa monnaie a eu recours à la planche à billet. En augmentant ainsi la masse monétaire de 10,5% entre 1986 et 1990 dans l’espoir de peser à la baisse sur les taux d’intérêts tout en favorisant l’endettement.


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Les 3 flèches décochées par l’archer Abe, vaincre la déflation et doper la croissance

abenomics-cibleTous les ingrédients étaient réunis pour la création d’une bulle spéculative sur les marchés boursiers et l’immobilier, bulle qui s’est dégonflée selon le schéma classique dès lors que la banque centrale a remonté ses taux d’intérêts, entrainant le pays dans une sévère récession. Les politiques de relance Keynésiennes de 1992 à 2000 n’ont pas eu les effets escomptés, malgré les 100 milliards de yen injectés, avec comme corollaire un endettement record de 229% en 2014. En 2012 les japonais élisent un gouvernement promettant de mettre en œuvre une politique ambitieuse et de rupture, M. Shinzo Abe accède au pouvoir grâce aux Abenomics, nom donné à cette politique économique. Elle est présentée sous la forme de 3 flèches à décocher successivement afin de mettre un terme à 20 ans de déflation, tout en favorisant la reprise de la croissance économique.

Flèche N°1, la politique d’impression monétaire expansive

yen-devise-forex-La première flèche tirée réside en une politique d’assouplissement monétaire, c’est-à-dire faire fonctionner la planche à billet tous azimuts (On parle ici de doubler la quantité de yen en circulation !). L’objectif poursuivi est de créer de l’inflation en déversant des quantités énormes de liquidités dans l’économie Nipponne, ce qui devrait relancer la consommation, mais aussi déprécier le Yen. Ce qui aura un effet positif sur l’économie via la production nationale, en stimulant les exportations.

Flèche N°2, la politique de relance keynésienne

Fidèle à la doctrine de John Maynard Keynes, l’exécutif japonais décoche sa deuxième flèche sous la forme d’une politique de relance budgétaire traditionnelle.  110 milliards de dollars seront donc injectés dans de grands projets d’états japonais afin de soutenir via la construction d’infrastructures tels que des routes des aéroports, etc. L’objectif visé est de stimuler l’activité économique, la création d’emploi et la consommation, et donc in fine l’inflation.

Flèche N°3, la mise en place de grandes réformes structurelles

shinzo-abeLa troisième flèche vise à mettre en place des réformes structurelles. Soutenir l’investissement tout en dynamisant la production à travers des politiques de régulation, en permettant par exemple un accès plus facile aux investisseurs étrangers aux marchés intérieurs. Sur la table figure de nombreux projets de loi pour des accords de libre-échange, une libéralisation du code du travail, avec notamment une meilleure intégration des japonaises. Diverses mesures de dérégulation sont actuellement étudiées, afin d’améliorer l’investissement et stimuler la concurrence dans les secteurs de la robotique, autrefois une des forces de l’archipel, ou encore dans les biotechnologies.

Conclusion

Je pense que les fameuses Abenomics peuvent théoriquement apporter la réponse à un problème économique persistant depuis des décennies au Japon. Cela dit deux ans après leur mise en œuvre, il semblerait que les résultats ne soient pour l’instant pas encore à la hauteur des espoirs suscités lors de leur annonce. Toutefois force est de reconnaitre que les contraintes pesant contre leur réussite sont gigantesques, en effet la situation démographique du Japon est inquiétante, avec une population vieillissante, et donc consommant peu car dans l’impossibilité de se reconstituer une épargne. Les dettes publiques sont à niveau exceptionnels plus de 220%, ajoutent aux pressions déflationnistes. Difficile de ne pas faire le parallèle avec la situation dans l’Euroland et tout particulièrement la France et l’Allemagne qui présentent beaucoup de similitudes avec le cas Japonais. Nul doute que les dirigeants européens doivent suivre avec intérêt ce qui se déroule actuellement sous nos yeux au Japon.

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6 Comments
  1. Ivan

    16 septembre 2014 at 11 h 22 min

    On devrait regarder avec attention ce qui se passe au Japon, car les prochains sur la liste c’est nous européens. Avec une population vieillissante et la guerre économique due à l’euro, l’avenir me parait bien sombre ce matin après la lecture de votre excellent article Julie…

  2. Olivier

    16 septembre 2014 at 11 h 23 min

    Donc si j’ai bien compris les Abenomics, c’est on fait encore plus de la même chose qui n’a pas marché pendant 20 ans?

  3. Philippe

    16 septembre 2014 at 11 h 25 min

    Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur le succès de la politique économique de Shinzo Abe, il n’a pas encore décoché sa dernière flèche, mais pour l’instant à part une hausse spectaculaire du Nikkei, la croissance semble faiblir.

  4. William

    16 septembre 2014 at 11 h 27 min

    Les politiques semblent ignorer le fait que la croissance s’obtient aussi et surtout par un bon taux de natalité, les autres outils ne sont que purement techniques.

  5. Grégoire

    16 septembre 2014 at 11 h 30 min

    L’audace de ce plan économique est a saluer, mais il est à la hauteur des problèmes que rencontre le Japon, une déflation structurelle, la population est en train de décliner de façon vertigineuse. La France à cet égard fait un peu mieux que ses voisins car son taux de natalité est positif, de peu certes mais positif quand même, ce qui est loin d’etre le cas du champion de la zone Euro l’Allemagne

  6. Bruno

    16 septembre 2014 at 11 h 33 min

    J’ai bien peur qu’avec un niveau de dette de 220% les sushis soient cuits, donc invendables. Ça devrait nous faire réfléchir sur nos déficits publics, la dette de l’état Français représentent près de 94% du PIB.

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