Pourquoi la BNS a fait tant de degats en janvier 2015

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Petit article concernant l’événement de l’année 2015 dans le monde de la finance : le retrait du taux plancher entre l’euro et le franc suisse.

Un black Swan

La théorie du cygne noir développée par le philosophe Nassim Nicholas Taleb, est une théorie dans laquelle on appelle cygne noir un certain événement imprévisible qui a une faible probabilité de se dérouler (appelé « événement rare » en théorie des probabilités), et qui, s’il se réalise, a des conséquences d’une portée considérable et exceptionnelle. Taleb a, dans un premier temps, appliqué cette théorie à la finance. En effet, les événements rares sont souvent sous-évalués en termes de prix.
Ce genre d’événement est très rare puisque inattendu, mais intervient à peu près une fois tous les dix ans environ.

bns
2015 est une année très particulière où le ton a été donné dès le 15 janvier avec le retrait du taux plancher entre l’Euro et le franc suisse par la banque nationale suisse (BNS). Avec l’effacement du taux plancher qui maintenait le franc suisse à 1.20 francs suisse pour un euro, le franc suisse s’est automatiquement réévalué de 30% en à peine quelques heures de côtation.

L’effet a été presque immédiat du fait que la liquidité a soudainement disparu. Ce manque de liquidité pendant quelques heures a fait que les ordres vendeurs ont été déclenchés, tandis que les ordres acheteurs n’ont pas pu être revendus faute d’acheteurs de l’autre côté du carnet d’ordres. Ainsi, les ordres stop de milliers de particuliers n’ont pas pu être exécutés au prix désiré, mais quelque chose comme 3000 pips plus bas, qualifiant ce désastre de potentiellement dangereux pour les sociétés de courtages en ligne, qui ont dû couvrir de nombreux soldes négatifs suite à l’évènement qui fût sans précédent.

Le franc suisse prend 30% en 2 heures le 15 janvier

En cette journée qui s’annonçait calme pourtant, le franc suisse a pris 30% en valeur face aux devises principales rien que par le fait que les opérateurs n’avaient en aucun cas pris en compte le retrait du taux plancher.

Ce taux plancher qui avait été fixé le 6 septembre 2011 par la banque nationale suisse n’a plus lieu d’être, tout simplement, disparu !

Et l’effet a été presque immédiat :

EURCHF 15JANV

Le cours de l’Euro contre le franc suisse passe de 1,2000 (donc le taux plancher) à 0,72 au plus bas pour revenir un peu en dessous de la parité après la reprise de la liquidité.

Autant dire que pas mal de particuliers s’en sont mordu la langue, avec des soldes devenant négatifs sur leurs comptes de trading.

Ce qu’il faut aussi bien comprendre, c’est que, sur la base de 200 à 240 milliards d’euros de réserves, une dépréciation de l’euro de 17% face au franc suisse représente une perte de change, pour la BNS, de l’ordre de 34 à 40 milliards d’euros. Sa décision du 15 janvier est donc tout sauf anodine. C’est peut-être même la décision la plus coûteuse jamais prise par la BNS, mais il le fallait bien tellement la pression d’un QE de la part de Mario Draghi semblait de plus en plus forte.

Pour consentir à une perte financière aussi vertigineuse, il a fallu que la BNS ait de sérieuses raisons.

Ces raisons sont à rechercher dans ce qui s’est passé la veille.  

Le 14 janvier au matin, on a appris que la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE), – en l’occurrence, l’un de ses avocats généraux, agissant en tant que conseil des juges -, estimait que l’OMT annoncée par Mario Draghi en 2012 ne contrevenait pas aux lois européennes.

Rappelons que l’OMT est un programme d’acquisition de titres de dette publique émis par les États membres de la zone euro, programme baptisé « Outright Monetary Transactions » en anglais et « Opérations Monétaires sur Titres » en français, soit « OMT» dans les deux langues.

L’OMT est un dispositif de rachat « illimité » de dette gouvernementale de l’eurozone par l’Eurosystème, qui n’a pour l’heure pas encore été activé. Quoique non activé, il était largement perçu comme le premier pas vers la nouvelle mesure phare concoctée par la BCE, l’assouplissement monétaire ou « quantitative easing » (QE).

Rappelons qu’un « assouplissement quantitatif » consiste généralement en une expansion du bilan de la banque centrale au travers, notamment, de l’acquisition d’actifs qui peuvent être des titres de créances obligataires, ou des actifs plus risqués comme des dettes dites d’agences, ou des titres adossés à des actifs comme des titres hypothécaires.

Les dommages collatéraux

Le 15 janvier 2015 est annoncé comme particulièrement sanglant pour les opérateurs et les sociétés de courtages en ligne, qui ont vu les comptes de leurs clients passer en négatif. Les comptes sont devenus négatifs car la plupart du temps, les particuliers tradent avec du levier. Et une baisse de 17% en 1 heure avec des stops qui ne se déclenchent pas du fait de la liquidité des paires en CHF, cela donne des comptes totalement cramés.

Faillite de certains brokers

Parmi les brokers qui ont fait faillite, on peut noter

  • Alpari UK, faisant faillite après avoir rendu les comptes négatifs des clients à zéro
  • Excel markets, basé en Nouvelle-Zélande

Des pertes énormes pour d’autres

Les deux brokers qui ont été particulièrement touchés par la décision de la BNS ont été :

  • IG Markets, avec une perte de 45 millions de dollars
  • FXCM, avec une perte allant jusqu’à 225 millions de dollars

Pour IG Markets, la perte a été minimisée du fait que sur le contrat entre le broker et le client, il est clairement stipulé que les particuliers peuvent perdre bien plus que leur capital de base.

En revanche pour FXCM et sa politique du « vous ne serez jamais à découvert chez nous », il en fût tout autre puisque non seulement les clients ont dû être remboursés, mais en plus les pertes ont été à la charge de FXCM puisqu’ils ont fait office de tampon pour les pertes excédent le solde des clients.

Malgré tout, FXCM a essayé tant bien que mal de récupérer de l’argent en appelant les clients et en les sommant de rembourser coûte que coûte. Les clients ayant plusieurs comptes de trading se sont vus ponctionner la différence sur les autres comptes, pratique qui je trouve est illégale.

A l’époque, il est vrai qu’un certain Nicolas Chéron fût visé par la communauté des traders pour avoir émis un conseil sur le site DailyFX, en disant aux traders de passer à l’achat sur la paire EUR/CHF car ce trade serait selon lui, sans aucun risque. Cela lui a vallu de nombreuses réprimandes de la part des internautes, et son poste chez DailyFX (il travaille désormais chez CMC Markets, plus calmé)

Le SMI victime de la BNS

Au-delà des pertes des particuliers suite à la décision de la BNS, on cite aussi ceux qui ont investi dans le marché actions suisse, le SMI a décroché de 11% en un heure, sur fond de craintes pour l’économie suisse suite au retrait du taux plancher. Des valeurs comme Swatch ou Nestlé ont perdu entre 15 et 18% ce jour là également, ce qui signe la baisse la plus importante d’un indice boursier depuis 2008 en une seule journée. Le record est détenu par Wall Street, avec le Dow Jones qui dévissa de 23% en une journée de septembre 1987.

Ce que l’on pouvait faire « après coup »

A vrai dire, on pouvait faire l’analyse après coup du pourquoi ce retrait du taux plancher, et à vrai dire, avec de réels risques de voir un Euro se dévaluer avec le QE Européen, il aurait été plutôt difficile pour la banque centrale suisse de faire dévaluer le franc suisse en même temps que l’Euro.

Il faut savoir que pour faire dévaluer le franc suisse, la BNS devait taper dans ses réserves de changes, en créant de la demande pour l’Euro, et de l’offre pour le franc suisse. Cependant, les réserves sont limitées, d’où le choix pour la BNS de faire disparaître ce taux plancher.

Ce qu’il faut retenir sur la fin

  • Un taux plancher n’est jamais éternel, évitez de trader les devises dont une des devises sont sous couvert d’un taux plancher, comme le HKD ou le DKK
  • Bien que très rare, un black swan fait d’énormes dégâts et peut avoir d’énormes répercussions sur l’economie réelle.
  • Ne croyez aucun gourou, sachez faire votre propre analyses des prix, et vous aurez la clé pour réussir !

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Un conseiller vous contactera pour vous expliquer comment se positionner sur la bourse.

2 Comments
  1. Martin

    4 janvier 2016 at 10 h 27 min

    cet exemple de revirement de la Banque nationale Suisse, devrait servir de rappel à tous les traders qui ont une confiance sans limite en la parole des banquiers centraux

  2. aurelien

    4 janvier 2016 at 10 h 59 min

    Avec un peu de recul, l’on peut émettre l’hypothèse que l’abandon du Peg avec l’Euro de la BNS, qui est une sorte de Hedge funds géant, signifie la fin du Correlation Trade, c’est le retour du réel dans un monde d’ordre imposé par les banques centrales.

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